Unité nationale et construction
Depuis l’éclatement de la rébellion le 19 septembre 2002, la Côte d’Ivoire a reculé de plusieurs années. C’est avec nostalgie que les ivoiriens se souviennent des acquis de la politique de Félix Houphouët-boigny que ses héritiers n’ont pas su préserver à cause de leur soif démesurée du pouvoir et des ambitions personnelles mal maîtrisées.
Dès la proclamation de son indépendance en 1960, la Côte d’Ivoire s’est engagée dans une dynamique de modernisation impulsée par le défunt Président Félix Houphouët-Boigny, aidé en cela par la France gaulliste. A l’inverse de certains pays africains, Houphouët-Boigny a maintenu dans son pays les expatriés français, pour lui donner le coup de main nécessaire à la construction d’une Nation et d’un Etat.
Ainsi lorsque le Ghanéen Kwamé Nkrumah et le Guinéen Sékou Touré ont lancé l’idée des « Etats-Unis d’Afrique », le Président ivoirien a refusé tout net, arguant que les Etats étaient fragiles, et qu'il était mieux pour ceux-ci de se développer individuellement. Argument flétri par Nkrumah et Sékou Touré. Mais Houphouët-Boigny leur avait lancé : « Donnons-nous rendez-vous dans dix ans ».
Avec l’appui des ingénieurs, des enseignants et des technocrates français et de la sous région, Félix Houphouët-Boigny avait radicalement changé la physionomie de son pays. Puis de 1970 à 1980, la Côte d’Ivoire s’est imposée comme premier producteur mondial de café et de cacao. Cette période est d’ailleurs considérée aujourd’hui encore par les historiens comme celle du « miracle ivoirien ».
Les maisons et les immeubles sortaient de terre, les infrastructures routières étaient les plus denses et les plus modernes de toute l’Afrique de l’Ouest. Conséquence de cette embellie, l’afflux massif de citoyens des pays limitrophes notamment les maliens, les voltaïques (Haute-Volta devenue Burkina-Faso), les Guinéens, les Sénégalais, les Dahoméens (actuel Bénin), les Togolais, etc. La Côte d’Ivoire était devenue l’eldorado de la sous région.
Si bien que dans la gestion des affaires publiques et politiques, Houphouët-Boigny qui avait « gommé » les frontières entre les Etats, n’hésitait pas à nommer des ressortissants étrangers. Le Président donnait lui-même l’exemple, son Directeur de cabinet Guy Nairay était français et on comptait parmi ses conseillers, de nombreux français. L’administration était en réalité un creuset où toutes les nationalités africaines se retrouvaient et se côtoyaient.
Sur le plan politique, le premier Président avait – dès l’indépendance – lancé un appel aux autres formations politiques afin qu’elles rejoignent le parti démocratique de Côte d’Ivoire / Rassemblement Démocratique Africain (PDCI-RDA) pour bâtir « ensemble le pays ». Tous avaient accepté. Ainsi le pays était-il dirigé de 1960 à 1990, date du retour du multipartisme, par le système de unique.
A ceux qui critiquaient ce choix, Houphouët-Boigny répondait que « Les Etats-Unis, grande démocratie, ont commencé leur développement par un parti unique ». De plus, il affirmait en substance que les antagonismes ethniques étaient une vraie menace pour les nouveaux Etats. Pour les contourner, il fallait intéresser tout le monde à la gestion des affaires étatiques. De son point de vue, accepter le multipartisme dès l’acquisition de l’indépendance aurait plongé la Côte d’Ivoire dans des débats politiciens au détriment du développement du pays.
Mais la démocratie est une exigence incontournable de la marche des nations et du développement. En homme sage, Houphouët-Boigny a donc "cédé" à la pression démocratique populaire alors incarnée par Laurent Gbagbo, pour faire appliquer une disposition constitutionnelle, autorisant le multipartisme.




Petits déjeuners de la majorité présidentielle 








